Le point de vue de l’europe-infos.fr sur le rapport Mother and Baby Homes: une culture du silence et de la honte

La honte engendre la honte. La honte des femmes et des enfants était, comme le montre le rapport de la commission d’enquête sur le système des maisons mères et bébés, pratiquée à l’échelle industrielle en Irlande indépendante. Entre 1922 et 1998, 56 000 mères sont passées par les foyers enquêtés, 57 000 enfants y sont nés et au moins 9 000 sont morts. Le système existait pour faire en sorte que ces femmes et ces enfants aient honte d’eux-mêmes. Le rapport devrait faire de même pour l’ensemble de la société irlandaise.

En 1964, Michael Viney, écrivant dans l’europe-infos.fr, décrivait les Mother and Baby Homes comme les «services secrets» de l’Irlande et suggéra que «le seul aspect vraiment pénible de ces foyers de services secrets est que la société irlandaise aurait dû rendre une telle conspiration nécessaire». . C’était une conspiration, pas seulement de silence, mais de silence. Le but du système était de retirer de la vie ordinaire les femmes qui avaient conçu hors mariage, de les rendre invisibles et de s’assurer que, même si elles n’avaient pas trop honte pour parler, elles ne pouvaient pas être entendues.

Le rapport rompt enfin ce silence et transfère la honte là où elle appartient – à une culture, soutenue par une alliance impie d’Église et d’État, qui a maintenu sa précieuse pureté en enfermant ceux qui étaient perçus comme menaçant son image de soi. Grâce, dans un premier temps, à un grand acte de conscience civique de l’historienne Catherine Corless à Tuam, les services secrets ont été déclassifiés.

Ce qui ressort de ses dossiers et des tombes d’innocents non reconnus, est une sombre histoire qui prendra un certain temps à s’imprégner des récits officiels de ces décennies. C’est une histoire d’hypocrisie à grande échelle, de misogynie qui a rendu visite à tous les péchés sexuels sur les femmes, et de la cruauté d’un système de classe qui valorisait à bon marché la vie des pauvres et des marginalisés.

Il est facile, et dans une certaine mesure approprié, de rejeter le blâme sur les religieux qui dirigeaient ces institutions. Mais le «service» qu’ils ont fourni était le maintien d’une fiction toxique – l’exceptionnalisme moral et religieux irlandais – qu’une grande partie de la société souhaitait croire. La publication du rapport est un acte important de restitution et, avec les excuses du Taoiseach, dues aujourd’hui, il fournit une base pour une forme plus véridique et inclusive de mémoire publique. Pourtant, il ne doit pas s’agir de la clôture d’un chapitre, mais de l’ouverture d’une idée plus humaine de la décence. Il n’y a pas d’êtres humains indécents, mais il existe des systèmes abusifs qui corrompent à la fois la foi religieuse et l’intégrité politique.

L’Irlande a créé et maintenu de tels systèmes et y a nourri des vies humaines pendant des décennies. Il n’aura pas complètement laissé cette histoire derrière lui tant qu’il n’aura pas pu dire avec honnêteté qu’il ne met plus hors de vue ceux auxquels il préférerait ne pas penser. La honte est une pure complaisance si elle ne conduit pas au bannissement des habitudes d’esprit qui la produisent.

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