Sommaire
- 1 Six profils cités par CNews, de Bachelet à Rodrigues-Birkett
- 2 Les auditions à New York testent la doctrine de chaque candidat
- 3 Le Conseil de sécurité garde la main, veto et abstention pèsent sur le choix
- 4 Représentation régionale, droits humains et gestion de crise au cœur des arbitrages
- 5 À retenir
- 6 Sources
À New York, la course à la succession d’Antonio Guterres s’organise, alors que le secrétaire général arrive au terme de son mandat à la tête de l’ONU. Plusieurs médias, dont CNews, ont recensé six candidats qui se positionnent pour prendre la direction d’une organisation confrontée à des crises sécuritaires, humanitaires et climatiques. La procédure reste encadrée par un rapport de forces déterminant, le choix dépendant d’un accord, explicite ou tacite, au Conseil de sécurité, puis d’une validation par l’Assemblée générale.
Les auditions publiques tenues à New York, étape désormais attendue dans ce type de processus, mettent en lumière les priorités des prétendants, leur capacité à rassembler, mais aussi leurs angles morts. À ce stade, les profils annoncés reflètent des trajectoires politiques et diplomatiques contrastées, du terrain humanitaire à la conduite d’institutions internationales, avec un point commun, convaincre les États membres, sans braquer les cinq permanents, États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni.
Les sources disponibles citent notamment Michelle Bachelet, Rafael Grossi, Rebeca Grynspan, Macky Sall, Mara Fernanda Espinosa Garcés et Carolyn Rodrigues-Birkett. Au-delà des noms, la dynamique révèle un équilibre complexe entre représentativité régionale, crédibilité opérationnelle et acceptabilité géopolitique, dans un contexte où la marge de manœuvre du futur ou de la future secrétaire général dépendra autant de sa personnalité que des lignes rouges fixées par les grandes puissances.
Six profils cités par CNews, de Bachelet à Rodrigues-Birkett
Parmi les noms les plus régulièrement cités figure Michelle Bachelet. Ancienne cheffe d’État du Chili, elle a occupé des fonctions internationales de premier plan, dont le poste de haute responsable des droits humains. Son parcours l’inscrit dans une tradition onusienne attentive aux libertés publiques et à la protection des civils, un registre qui peut séduire une partie des États membres, tout en suscitant des réserves chez certains gouvernements accusés de violations et soucieux de limiter les critiques institutionnelles.
Rafael Grossi, diplomate argentin, est identifié comme un autre prétendant sérieux. Son expérience dans des dossiers techniques et sensibles, notamment liés au contrôle nucléaire, renvoie à une image de gestionnaire et de négociateur. Dans un moment où la sécurité internationale pèse lourd dans les débats, un profil perçu comme pragmatique peut apparaître rassurant, mais il devra aussi démontrer une capacité à embrasser des sujets plus larges, budget, maintien de la paix, aide humanitaire, réformes administratives.
Rebeca Grynspan, originaire du Costa Rica, est citée pour son expertise économique et son ancrage dans les questions de développement. Une candidature de ce type met l’accent sur les inégalités, la dette, le financement du développement et le commerce, des thèmes centraux pour de nombreux pays du Sud. La difficulté consiste souvent à faire de ces priorités un agenda politique audible dans un Conseil de sécurité dominé par les urgences de guerre, de sanctions et de rivalités stratégiques.
Macky Sall, ancien président du Sénégal, représente un profil politique issu d’un grand pays africain. La question de la représentation du continent dans les grandes fonctions internationales reste un argument récurrent dans les négociations, car l’Afrique est à la fois un terrain majeur d’opérations onusiennes et un acteur institutionnel qui demande davantage de poids. Une telle candidature doit néanmoins franchir l’obstacle de l’acceptabilité, certains États évaluant strictement l’équilibre entre expérience multilatérale, capacité à fédérer et perception, favorable ou critique, de son bilan politique national.
Mara Fernanda Espinosa Garcés, ancienne ministre et figure déjà passée par des responsabilités multilatérales, est citée parmi les candidats. Son parcours est souvent présenté comme un pont entre diplomatie, négociation régionale et fonctionnement interne des institutions. Enfin, Carolyn Rodrigues-Birkett complète la liste mentionnée dans plusieurs recensements, avec un profil diplomatique ancré dans les mécanismes multilatéraux. Dans l’ensemble, ces six candidatures illustrent une compétition où l’expérience internationale ne suffit pas, il faut aussi une stratégie d’alliances et une lecture fine des rapports de force.

Les auditions à New York testent la doctrine de chaque candidat
Les auditions publiques organisées à New York sont devenues un passage attendu, car elles obligent les candidats à préciser leurs priorités face aux États membres et à la société civile. Dans la pratique, elles servent moins à désigner un vainqueur qu’à évaluer la cohérence d’une ligne, la solidité des propositions et la capacité à résister à des questions directes sur les crises en cours. Les thèmes reviennent de manière récurrente, protection des civils, efficacité du système, prévention des conflits, financement, mais aussi articulation entre neutralité diplomatique et défense des principes de la Charte.
Les interventions sont scrutées sous l’angle du réalisme. Promettre une réforme ambitieuse du Conseil de sécurité peut capter l’attention, mais les États savent qu’une telle transformation dépend d’une majorité qualifiée et, in fine, des intérêts des permanents. À l’inverse, un discours trop technocratique risque de donner l’image d’un futur secrétaire général cantonné à la gestion quotidienne, alors que beaucoup attendent une parole politique, capable d’alerter, de proposer des médiations et d’incarner une autorité morale, même sans pouvoir coercitif.
Les candidats doivent aussi clarifier leur vision de la chaîne humanitaire, car l’ONU coordonne, finance et déploie une partie de l’aide d’urgence. Cela implique de parler accès humanitaire, sécurité des personnels, lutte contre l’impunité lorsque les travailleurs humanitaires sont visés, et relations avec les ONG. Les États donateurs demandent des garanties de transparence, tandis que les pays hôtes insistent sur le respect de leur souveraineté, deux exigences souvent difficiles à concilier sur le terrain.
Autre point observé, le positionnement sur le climat et la transition énergétique. Les petits États insulaires et de nombreux pays vulnérables veulent un secrétaire général offensif sur l’adaptation, les pertes et dommages et le financement. Les grands producteurs d’hydrocarbures, eux, privilégient des formulations plus prudentes. Les auditions révèlent donc une question de méthode, comment fixer des objectifs concrets sans transformer la fonction en tribune idéologique, au risque de fermer des canaux de négociation.
Enfin, l’épreuve de New York est aussi une épreuve de style. La capacité à répondre sans notes, à gérer une contradiction, à citer des priorités budgétaires chiffrées, ou à reconnaître les limites de l’organisation peut faire la différence. Un candidat qui assume ce que l’ONU peut faire, et ce qu’elle ne peut pas faire, donne parfois des gages de sérieux à des délégations lassées des promesses générales.

Le Conseil de sécurité garde la main, veto et abstention pèsent sur le choix
Le mécanisme de désignation place le Conseil de sécurité au centre du jeu. Le secrétaire général est recommandé par le Conseil, puis nommé par l’Assemblée générale. En théorie, le système reflète un compromis, en pratique, la capacité d’un candidat à éviter un veto d’un des cinq permanents est décisive. Une opposition ferme de la Russie, de la Chine ou des États-Unis suffit à bloquer une candidature, même si celle-ci bénéficie d’un large soutien ailleurs.
Le calcul n’est pas uniquement binaire. Une abstention bienveillante d’un permanent peut permettre d’avancer si les autres ne s’y opposent pas. Cela pousse les candidats à adopter un discours calibré, ferme sur les principes, mais prudent sur les sujets où un permanent peut estimer que ses intérêts vitaux sont menacés. Ce réglage se joue souvent en coulisses, à travers des rencontres bilatérales, des signaux envoyés dans les capitales et une lecture attentive des votes sur les résolutions récentes.
La contrainte pèse particulièrement sur les questions de maintien de la paix et de sanctions. Un secrétaire général trop critique sur une opération militaire ou sur des violations imputées à un allié d’un permanent s’expose à des frictions durables. À l’inverse, un profil jugé trop accommodant peut perdre de l’influence auprès d’une majorité d’États membres et auprès de l’opinion, ce qui fragilise l’autorité politique de la fonction. Le prochain dirigeant devra donc naviguer entre exigences contradictoires, parler au Conseil sans se couper de l’Assemblée.
Le sujet budgétaire renforce encore cette dépendance. Une part importante du financement provient d’un nombre limité de grands contributeurs. Les arbitrages sur les contributions obligatoires, les opérations de paix, les agences et programmes structurent la marge de manœuvre du secrétariat. Les candidats qui affichent une culture de gestion et de contrôle peuvent rassurer, mais ils doivent aussi convaincre qu’ils sauront défendre l’indépendance du système, notamment sur la nomination des hauts responsables et l’évaluation des missions.
Dans ce cadre, les six noms cités ne sont pas seulement en compétition sur des idées, ils sont testés sur leur capacité à ne pas devenir un facteur de blocage. Le poste exige de faire travailler ensemble des États qui se parlent peu, et parfois se sanctionnent, tout en maintenant un minimum d’action collective. Le profil retenu sera celui qui, au regard des permanents, limitera le risque de confrontation institutionnelle, tout en offrant un niveau d’initiative jugé acceptable.
Représentation régionale, droits humains et gestion de crise au cœur des arbitrages
La question de la représentation régionale revient dans chaque succession. Plusieurs États soutiennent l’idée d’un meilleur équilibre géographique, notamment au bénéfice de l’Afrique ou de l’Amérique latine, selon les configurations. Les candidatures de Macky Sall, de Michelle Bachelet ou de Rafael Grossi alimentent ces débats, parce qu’elles portent, chacune à leur manière, des attentes de visibilité et d’influence pour leur région. Dans les discussions, cet argument n’est jamais isolé, il se combine avec la perception de l’expérience, du réseau diplomatique et du rapport aux grandes puissances.
Les droits humains constituent une ligne de fracture. Un secrétaire général jugé trop offensif sur ces sujets peut être perçu comme une menace par des régimes contestés, tandis qu’un responsable plus discret peut être accusé de faiblesse. La crédibilité de l’ONU se joue pourtant sur cette tension. Les crises actuelles imposent une parole sur les exactions, les déplacements forcés, les famines provoquées par la guerre, sans quoi l’organisation risque d’être réduite à un rôle logistique. Les États évaluent donc la capacité du futur dirigeant à tenir une ligne sans isoler l’institution.
La gestion de crise est un autre critère concret. Les États veulent savoir comment un candidat organiserait une médiation, comment il utiliserait les envoyés spéciaux, et comment il réagirait lorsqu’une mission onusienne est prise pour cible. Dans ce domaine, un profil diplomatique comme Carolyn Rodrigues-Birkett peut être perçu comme un atout de méthode, alors qu’un profil politique comme Macky Sall peut mettre en avant l’expérience du rapport de force et des négociations directes. Les candidatures à forte expérience institutionnelle, comme Mara Fernanda Espinosa Garcés, insistent souvent sur la connaissance des procédures, des coalitions et des équilibres internes.
Le futur secrétaire général devra aussi composer avec une opinion mondiale plus attentive aux résultats qu’aux symboles. La question n’est plus seulement de publier des rapports, mais d’obtenir des accès, de sécuriser des couloirs humanitaires, de mobiliser des financements et de protéger les personnels. Les États membres, y compris ceux qui défendent le multilatéralisme, demandent des indicateurs, délais de réaction, coordination inter-agences, simplification des dispositifs sur le terrain.
Dans les semaines à venir, l’écart entre notoriété médiatique et viabilité diplomatique pourrait se resserrer. Certains noms dominent l’espace public, mais la décision dépendra d’arrangements précis, du niveau d’acceptation par les permanents et de la capacité à rassembler une majorité d’États autour d’une figure jugée à la fois légitime, opérationnelle et capable de parler au monde sans déclencher une crise institutionnelle immédiate.
À retenir
- Six candidatures sont citées pour succéder à Antonio Guterres à la tête de l’ONU.
- Les auditions publiques à New York évaluent doctrine, méthode et crédibilité de gestion.
- Le Conseil de sécurité garde l’avantage, un veto d’un permanent peut bloquer un nom.
- Représentation régionale, droits humains et gestion de crise structurent les arbitrages.
Sources
- Les candidats à la succession d'António Guterres …
- Succession de Guterres à la tête de l'ONU : « Grand oral
- Quatre candidats pour succéder à Antonio Guterres à la tête des Nations unies
- Secrétaire général de l'ONU | Qui pour succéder à António …
- ONU : qui sont les quatre prétendants à la succession d' …



