La Commission européenne a lancé le 29 juillet 2026 un appel d’offres pour bâtir jusqu’à sept gigafactories d’IA, des infrastructures de calcul à très grande échelle destinées à l’entraînement de modèles et au déploiement d’applications avancées. Bruxelles vise un montant global de plus de 30 milliards d’euros d’investissements, avec un schéma de financement mixte, autour d’un tiers de fonds publics et de deux tiers d’investissements privés, selon les informations rapportées par plusieurs médias. La démarche s’inscrit dans l’initiative InvestAI et dans l’objectif politique de faire de l’Union le continent de l’intelligence artificielle, sur fond de compétition technologique avec les États-Unis et la Chine.
La Commission européenne ouvre l’appel d’offres le 29 juillet 2026
Le calendrier marque une étape opérationnelle: l’Union passe d’annonces politiques à une procédure de sélection de projets. L’appel d’offres publié le 29 juillet 2026 porte sur la création de jusqu’à sept gigafactories d’IA, présentées comme des ensembles intégrant des processeurs d’IA avancés, des briques logicielles, des technologies cloud, une connectivité très haut débit et des centres de données sobres en énergie. Le format vise le très grand calcul, celui qui sert à entraîner des modèles de fondation et à faire tourner des applications industrielles lourdes.
Le montage financier annoncé articule une enveloppe publique pouvant aller jusqu’à 10 milliards d’euros de financements européens et nationaux, destinée à déclencher au moins 20 milliards d’euros d’investissements privés dans l’ensemble de l’Union. Certaines estimations évoquent un total supérieur à 30 milliards d’euros une fois agrégées les contributions, ce qui correspond à l’objectif de doter l’Europe d’un ordre de grandeur comparable à celui des investissements observés chez les grands acteurs extra-européens.
Sur le terrain institutionnel, Bruxelles cherche un équilibre entre rapidité et coordination. Les gigafactories peuvent être implantées dans un seul État membre, sur un site unique ou multi-sites, avec la possibilité de projets transfrontaliers. Cette souplesse répond à deux contraintes: d’un côté la nécessité de s’appuyer sur des territoires capables d’accueillir de fortes puissances électriques et des réseaux de fibre, de l’autre la volonté de ne pas concentrer tout l’effort sur quelques capitales.
Le cap temporel communiqué par Euronews, une infrastructure souveraine opérationnelle d’ici mi-2028, donne la mesure de l’urgence. Dans le même temps, l’UE doit gérer des sujets très concrets: délais d’obtention des permis, raccordements électriques, disponibilité d’ingénieurs systèmes et de spécialistes des réseaux, et chaîne d’approvisionnement en équipements de data centers.
Au-delà des annonces, l’appel d’offres sert aussi de test de crédibilité. Les industriels attendent des règles de gouvernance stables sur l’accès aux ressources, les tarifs, la répartition entre recherche et usages commerciaux, et la compatibilité avec les cadres européens de conformité, du droit de la concurrence aux exigences de cybersécurité.

InvestAI cible un partage 30-35% public et 65-70% privé
La logique mise en avant par la Commission est celle d’un effet de levier. Les gigafactories représentent des investissements unitaires lourds, évalués entre 3 et 5 milliards d’euros par installation selon des analyses sectorielles, pour des infrastructures qui combinent bâtiments, refroidissement, alimentation électrique sécurisée, interconnexions réseau et surtout accélérateurs de calcul spécialisés. Dans ce contexte, l’argent public est présenté comme un mécanisme de réduction du risque, destiné à faire venir des capitaux privés qui resteraient prudents sans garantie de demande et de cadre.
Les documents et commentaires disponibles autour d’InvestAI évoquent un financement global où 30 à 35% proviendraient de ressources publiques, et 65 à 70% d’investisseurs privés. Ce type de répartition traduit une ambition politique, attirer des opérateurs de centres de données, des énergéticiens, des acteurs télécoms, des fonds d’infrastructure, et des entreprises utilisatrices d’IA prêtes à contractualiser sur plusieurs années.
Le raisonnement économique est simple: les coûts de calcul deviennent un poste stratégique comparable, pour certains secteurs, à l’accès à l’énergie ou aux matières premières. Sans capacité locale, beaucoup d’acteurs européens louent aujourd’hui des ressources auprès de fournisseurs mondiaux. Cela crée un enjeu de dépendance, mais aussi de prix, de disponibilité, et de contrôle sur les conditions d’usage, en particulier pour les projets sensibles en santé, défense, industrie, ou recherche.
La Commission met aussi en avant des centres de données économes en énergie. Le sujet est central car le passage à l’échelle de l’IA pousse la consommation électrique et la demande de refroidissement. Les gigafactories devraient donc s’implanter là où l’électricité bas carbone est abondante, où les réseaux peuvent absorber des pics, et où des solutions de valorisation de chaleur fatale existent, par exemple vers des réseaux urbains de chaleur.
Le risque pour Bruxelles est double: d’abord une compétition entre États membres pour capter ces projets, ensuite une tension entre l’objectif d’autonomie et la réalité des chaînes d’approvisionnement. Les accélérateurs de calcul, les équipements réseau haut de gamme, et certains logiciels critiques restent dominés par des groupes non européens, ce qui oblige l’UE à articuler ces gigafactories avec une stratégie industrielle plus large.

Paris pousse des gigafactories comme banc d’essai face à Nvidia
La France défend une ligne claire: ces infrastructures ne doivent pas devenir de simples clients additionnels des fournisseurs américains de puces d’IA. Paris plaide pour que les gigafactories servent de banc d’essai et de vitrine industrielle pour des technologies développées en Europe, afin de soutenir l’émergence d’une filière locale, du matériel au logiciel.
Dans les scénarios discutés dans l’écosystème, une gigafactory pourrait regrouper autour de 100 000 accélérateurs IA, un ordre de grandeur qui souligne l’ampleur de l’investissement et des besoins en logistique. Mais une telle densité de calcul augmente la dépendance aux fabricants dominants, en particulier Nvidia, dont les GPU restent une référence pour l’entraînement de modèles. Le sujet dépasse la seule question du fournisseur: il touche aussi aux bibliothèques logicielles optimisées, aux outils de compilation et aux écosystèmes de développeurs.
La proposition française consiste à conditionner une part de l’accès ou des appels à projets à des expérimentations sur des alternatives européennes, par exemple des accélérateurs émergents, des interconnexions réseau conçues localement, ou des piles logicielles plus ouvertes. L’objectif est de réduire le risque d’enfermement technologique, où les coûts de migration deviennent trop élevés une fois les applications industrialisées.
Pour les entreprises, l’intérêt est plus pragmatique: accéder à des capacités de calcul de proximité, avec des garanties contractuelles et réglementaires européennes, peut faciliter la conformité et la gestion des données. Des secteurs comme l’aéronautique, l’automobile, la pharmacie ou la banque évoquent régulièrement la difficulté de concilier vitesse d’innovation et contraintes de sécurité, surtout quand les données sont sensibles ou soumises à des règles de localisation.
Cette approche, centrée sur la souveraineté, se heurte néanmoins à des arbitrages: la performance et la disponibilité immédiate plaident souvent pour les solutions dominantes. Si les gigafactories doivent être opérationnelles d’ici mi-2028, la fenêtre pour faire mûrir des alternatives européennes à grande échelle est réduite. La stratégie dépendra donc des clauses de l’appel d’offres et des conditions d’accès aux infrastructures, entre impératif industriel et volonté de transformation de long terme.
Euronews fixe mi-2028 pour une infrastructure d’IA dite souveraine
L’échéance de mi-2028 citée par Euronews concentre les contraintes de réalisation. Construire des infrastructures de calcul massives implique des délais de chantier, de raccordement au réseau électrique, de sécurisation de l’approvisionnement en équipements, et d’intégration logicielle. Les acteurs du secteur rappellent qu’un centre de calcul ne se résume pas à un bâtiment, il repose sur des systèmes complexes de refroidissement, de distribution électrique redondante, de sécurité physique, et de supervision 24h/24.
Le dimensionnement réseau est un autre point critique. Pour l’entraînement de grands modèles, les échanges de données entre accélérateurs nécessitent des interconnexions ultra-rapides et des architectures adaptées au calcul massivement parallèle. Les gigafactories visent précisément cette capacité, différente d’un data center généraliste conçu pour l’hébergement web ou l’entreprise classique.
Dans la communication européenne, la notion de souveraineté renvoie aussi à la gouvernance, qui peut accéder au calcul, à quelles conditions, avec quelles priorités. Les États membres voudront réserver des parts aux laboratoires publics et à des projets stratégiques. Les industriels demanderont des garanties de disponibilité et de coût pour justifier leurs engagements financiers. Les startups, elles, cherchent un accès simplifié et des programmes d’accompagnement, faute de quoi les ressources risquent d’être captées par quelques grands groupes.
Sur le volet énergétique, les contraintes sont immédiates. La sobriété annoncée suppose des choix d’implantation et de technologies, par exemple refroidissement liquide, optimisation de la densité énergétique, récupération de chaleur, et contractualisation d’électricité bas carbone. Les oppositions locales peuvent aussi émerger, notamment sur la consommation d’eau ou l’occupation foncière, ce qui peut ralentir des projets si la concertation est insuffisante.
La mise en œuvre, enfin, s’inscrit dans une compétition mondiale où les cycles d’innovation sont rapides. Même si l’UE parvient à livrer des gigafactories dans les délais, l’enjeu sera de maintenir leur attractivité technologique, avec des mises à niveau régulières, des contrats d’approvisionnement et une stratégie de renouvellement des accélérateurs. Sans cela, le risque est de disposer d’infrastructures coûteuses mais déjà en décalage avec l’état de l’art au moment de leur pleine montée en charge.
À retenir
- L’UE a lancé le 29 juillet 2026 un appel d’offres pour jusqu’à sept gigafactories d’IA.
- Bruxelles vise plus de 30 milliards d’euros, avec environ un tiers public et deux tiers privé.
- L’objectif affiché est de réduire la dépendance européenne aux grands fournisseurs extra-européens.
- La cible opérationnelle évoquée est mi-2028, avec des défis énergétiques et industriels majeurs.
https://www.europe-infos.fr/actualites/10461/04-67-88-02-11-chaque-samedi-au-lac-du-salagou-diner-et-musique-en-plein-air-pourquoi-les-reservations-sarrachent/
Sources
- « Une nécessité stratégique » : l'Europe lance son pari à 30 milliards pour les giga-usines d'IA – Les Echos
- L’Union européenne va investir 10 milliards d’euros dans sept gigafactories d’IA – Next
- Gigafactories IA Europe : Le Plan à 200 Mds€ de l'UE
- Vidéo. L'UE lance un appel à projet pour sept gigafactories d'IA | Euronews
- L’initiative InvestAI et l’appel à projets relatif aux gigafactories d’IA – european economics
https://www.europe-infos.fr/actualites/10443/4-milliards-20-milliards-la-boring-company-relancee-en-2026-pourquoi-les-tunnels-delon-musk-reviennent-sur-le-devant/



