Ce que Macron a oublié du «  séparatisme islamiste  »

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John Lichfield est un ancien rédacteur en chef étranger de l’Independent et a été le correspondant du journal à Paris pendant 20 ans.

Emmanuel Macron a bien compris la première fois.

Dans un discours prononcé le mois dernier, le président français a promis une nouvelle loi contre ce qu’il a appelé le «séparatisme islamiste». Il doit y avoir, a-t-il dit, des règles plus strictes pour défendre les valeurs laïques et démocratiques de la France et pour empêcher l’islamisme radical de séparer les 5 millions de musulmans de France du reste du pays.

Ce projet de loi, qui a été divulgué à la presse, sera présenté lors du conseil des ministres français du 9 décembre. Mais il ne résoudra pas un autre problème identifié par Macron dans son discours: la marginalisation sociale des jeunes musulmans. «Nous avons créé notre propre forme de séparatisme», a déclaré Macron dans son discours aux Mureaux à l’ouest de Paris le 2 octobre. «Nous avons créé des quartiers où les promesses de la République (liberté, fraternité, égalité) ne sont plus tenues. « 

Le président parlait des 1 500 lotissements publics de la proche banlieue de Paris et d’autres villes françaises – souvent connues sous le nom générique de «les banlieues» – où le taux de chômage des jeunes peut atteindre 40%.

Depuis les émeutes des banlieues de 2005, les conditions économiques dans ces endroits se sont dégradées, surtout après que l’épidémie de coronovirus a détruit ou suspendu de nombreux emplois occasionnels et mal rémunérés. Tous les habitants de ces lieux ne sont pas musulmans, mais beaucoup des 5 millions de musulmans français vivent dans de tels lieux.

Dans son discours aux Mureaux, Macron a promis un plan d’action cet automne pour apporter des «changements profonds» à la proche banlieue – en particulier pour les jeunes musulmans. Sans une telle action, a-t-il dit, les banlieues resteraient un «sol fertile» dans lequel la propagande extrémiste et islamiste se développerait.

Il a également annoncé la création d’un nouvel «institut de l’islam» français pour promouvoir la compréhension en France des contributions du monde islamique à la science, à la philosophie, à l’art et à la littérature.

On n’a plus entendu parler de l’une ou l’autre de ces promesses depuis.

‘Valeurs républicaines’

Beaucoup de sang et beaucoup de paroles de colère ont été versés depuis le discours des Mureaux. Deux semaines après l’intervention de Macron, un professeur d’histoire, Samuel Paty, a été décapité près de son école dans la banlieue ouest de Paris. Paty avait montré des caricatures controversées du prophète Mahomet à une classe de civisme sur la liberté d’expression et l’État français laïc. Moins de deux semaines après son assassinat, un jeune migrant tunisien a tué trois personnes à l’intérieur d’une église de Nice.

Le projet de loi promis par Macron sur le «séparatisme» a généré une énorme controverse sur les médias sociaux – en grande partie basée sur une fausse déclaration délibérée.

Certes, le projet de loi «pour renforcer les valeurs républicaines» est mal rédigé par endroits. Certaines parties de celui-ci pourraient encore être supprimées par le chien de garde constitutionnel français, le Conseil constitutionnel. Mais le projet n’est certainement pas «l’attaque contre l’islam» dépeinte par certains reportages dans les médias américains et des commentaires en ligne.

La scolarisation à domicile des enfants de plus de 3 ans sera interdite avec quelques exceptions très ciblées. Les numéros d’inscription à l’éducation déjà attribués à la plupart des enfants en France seront étendus à ceux qui fréquentent des écoles privées sans licence.

Mais l’objectif n’est pas de restreindre l’accès des musulmans à l’éducation comme le suggéraient certains tweets incendiaires ce week-end. Il s’agit de s’assurer que les filles et les garçons musulmans ne disparaissent pas du système dans des écoles qui prêchent une version extrémiste de l’islam.

En plus de ces mesures, les associations religieuses ou autres bénéficiaires de subventions publiques devraient signer une charte sur le respect des «valeurs républicaines». La charte est en cours d’élaboration par le principal groupement musulman français, représentant neuf organisations. Il déclarera, entre autres, que l’islam est une «religion, pas un mouvement politique».

Indépendamment de la nouvelle loi, Macron a également demandé aux dirigeants musulmans français d’accepter des incitations et des lignes directrices pour la formation et la reconnaissance nationale des imams français. Il y a 2 500 mosquées ou salles de prière musulmanes en France mais seulement 800 imams reconnus par les principales associations musulmanes – 300 d’entre eux étrangers, certains ne parlant pas français.

Ces propositions ont été élaborées en consultation avec des imams «modérés» ou «traditionnels» et d’autres dirigeants et intellectuels musulmans. (Il n’y a, bien sûr, pas de définition facile de ce qui est modéré ou dominant, car il n’y a pas de structure universellement acceptée pour l’islam en France. Cela fait partie du problème que Macron cherche à résoudre.)

«Egalité des chances»

Le projet de loi est nécessaire. Il y a eu 30 attaques terroristes islamistes graves en France en huit ans. La France compte cinq millions de personnes de confession musulmane ou d’origine musulmane – plus, proportionnellement, que tout autre pays de l’UE. Un nombre croissant de jeunes musulmans disent qu’ils considèrent les lois françaises et les principes séculiers comme inférieurs et contraires aux lois de l’islam.

Mais une majorité de musulmans français – les deux tiers – ne pratiquent pas ou pratiquent rarement. Plus de 70% ne voient aucune menace à leur liberté religieuse de la part de l’État laïc français.

En d’autres termes, Macron essaie de créer de nouvelles règles pour défendre les valeurs laïques et démocratiques de la France – mais aussi pour défendre le droit de la grande majorité des musulmans français de vivre et de prier à l’abri de la propagande radicale subventionnée par l’étranger.

Et pourtant, à elle seule – et de l’aveu même de Macron – la nouvelle loi proposée est boiteuse et incomplète. Comme il l’a reconnu dans son discours du mois dernier, la France doit faire plus pour que ses citoyens musulmans se sentent pleinement intégrés à la France. La propagande radicale et la marginalisation sociale sont deux problèmes, a-t-il dit, qui doivent être «abordés en parallèle… au fil des années et des années».

Il a promis de nouveaux efforts sur «l’égalité des chances» et pour lutter contre la discrimination sur les marchés de l’emploi et du logement. Il a promis qu’une «partie de la jeunesse française ne serait plus traitée comme une marchandise consommable».

Mais si l’on a vu les propositions de lutte contre l’islam radical, qu’en est-il des promesses sur l’égalité des chances et les luttes des banlieues multiraciales?

À la demande de 100 villes de banlieue défavorisées, le gouvernement français a promis cette semaine que 1 milliard d’euros du programme français de «relance» post-épidémique de 100 milliards d’euros sur deux ans serait «cantonné» pour elles. Il ne s’agit cependant pas d’un effort particulier ni du plan à long terme promis. C’est de l’argent que, au prorata, les banlieues en difficulté auraient pu espérer de toute façon.

Qu’en est-il des «profonds changements» de Macron dans l’approche française du logement, de l’emploi et des banlieues? Sois patient. Ils arrivent, disent les responsables français. Ce n’est pas ce que Macron a promis dans son discours Les Mureaux.

Il a déclaré que la pauvreté et la marginalisation n’expliquent ni ne justifient l’extrémisme violent, mais qu’elles sont inextricablement liées et doivent être combattues ensemble. Il a dit que l’extrémisme et le sol dans lequel il pousse doivent être «abordés en parallèle… au fil des années et des années».

Il avait raison sur tous ces points. Macron devrait relire son propre discours. S’il devait oublier, ou reporter indéfiniment ses promesses à la France musulmane, ce serait faire une terrible erreur.

  • Le séparatisme islamiste

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